Billet d'humeur #2 : money, money, money
- Lili
- 5 oct. 2022
- 4 min de lecture
Vous connaissez tous le capitalisme : selon notre cher Larousse, il s'agit du "statut juridique d'une société humaine caractérisée par la propriété privée des moyens de production et leur mise en œuvre par des travailleurs qui n'en sont pas propriétaires".
Mais avez-vous déjà entendu parler du capitalisme intériorisé ?
Selon moi, c'est le fait de faire de son travail sa priorité et de vouloir à tout prix être toujours plus productif. Il s'agit ainsi de faire une hiérarchie en plaçant toujours le travail en haut de la pyramide, puis ensuite par exemple, les tâches ménagères, la famille, les amis, et enfin peut-être les activités qui nous font du bien.
Qui n'a jamais dit : "je n'ai pas le temps d'aller me promener car je dois d'abord terminer ce dossier ou alors, je dois préparer le repas, faire une lessive, repasser...", pour ensuite se rendre compte que le moment est passé et qu'il est trop tard ?
Chaque tâche que nous faisons est listée, chronométrée et surtout, doit être réalisée le mieux possible et le plus vite possible. Nous vivons en pilote automatique sans réfléchir à ce que nous faisons et en prônant le multitâches.
Le capitaliste aimera faire plusieurs tâches en même temps par peur de gâcher son temps : par exemple, aller courir en écoutant un podcast sur l'entrepreneuriat. Pire encore, il culpabilisera lorsqu'il aura une baisse de productivité ou lorsqu'il prendra du temps pour lui.
Cela va même jusqu'à se sentir fainéant lorsque nous nous reposons.
Le capitalisme intériorisé, c'est aussi penser qu'il n'est pas possible de réussir professionnellement sans sacrifice, sans travailler très dur et c'est se renseigner sans cesse sur des méthodes pour améliorer sa productivité.
Avec le capitalisme, tout est une question de chiffre, de notation et ce, depuis notre plus tendre enfance : combien as-tu eu à ton examen ? Combien gagnes-tu ? Combien de pages as-tu étudié en une heure ? Combien d'heures travailles-tu par jour ?
Notre valeur est alors définie par les résultats que nous obtenons et par le temps que nous y consacrons.
Par exemple, une personne qui travaille douze heures par jour sera plus respectée qu'une personne qui travaillera six heures et qui prendra du temps pour elle et sa famille durant les six autres heures.
Tout ce qui compte désormais dans notre société, c'est de produire, d'être efficace, de travailler toujours plus pour gagner encore plus, sans se soucier de notre vie, de notre santé physique et mentale.
Or, c'est notamment cette approche qui mène au burn-out.
Avec le capitalisme intériorisé, nous sommes passé de l'être humain au faire humain.
Notre valeur dépend de notre productivité.
Puisque chaque minute est comptée et ne doit surtout pas être gâchée, nous réfléchissons sans cesse à ce qu'une activité qui nous plait soit également une activité potentiellement rentable : par exemple, voyager et réfléchir à l'article que nous pourrions rédiger à cet égard (et oui, les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés).
Le plus important est de pouvoir s'en apercevoir à temps, de prendre du recul et de mettre des choses en place pour se détacher du capitalisme intériorisé si cela ne nous convient pas/plus.
Vous me direz, mais comment faire alors ?
1) Avant toute chose, faire une PAUSE. Oui, oui, vous avez bien lu, une PAUSE. Je vous accorde volontiers que lorsque nous sommes à mille à l'heure tout le temps, faire une pause, cela devient assez compliqué. Toutefois, il est essentiel de prendre le temps de s'écouter, d'entendre nos peurs, nos doutes, nos envies aussi et de faire le point sur notre vie. D'ailleurs, souvent, bien avant de prendre cette pause adorée, notre corps aura déjà fait le travail et nous aura déjà parlé : fatigue, douleurs physiques, migraines, troubles du sommeil, rhume.... Votre corps est votre meilleur ami et on écoute toujours son meilleur ami.
2) Ecrire ses objectifs de vie et ses priorités. Par exemple, si ma priorité est ma famille et que pourtant, en réalité, j'annule un rendez-vous avec ma mère pour travailler un peu plus, il conviendra d'y être attentif et de réellement faire de sa famille sa priorité. Il est question d’honnêteté envers soi-même et de responsabilité. Nous sommes responsables des décisions que nous prenons.
3) Arrêter le multitâches en effectuant une tâche à la fois en pleine conscience. Par exemple, se concentrer sur la rédaction d'une note dans un dossier sans se laisser distraire par un email qui arrive, qu'on a envie de lire et ensuite auquel on a envie de répondre. Cela peut également être le fait de faire sa séance de sport sans écouter de podcast à vocation professionnelle ou de marcher sans passer un appel professionnel. Mais gare au multitâches dans la sphère privée comme regarder la télévision et être sur son téléphone à scroller en même temps. C'est un sujet que nous avons déjà abordé sur le blog.
4) S'autoriser, sans culpabiliser, à prendre du temps pour soi tous les jours. Vous pouvez commencer par vous consacrer 15 minutes par jour pour faire une activité qui vous fait du bien : lire, écouter de la musique, danser, cuisiner, marcher, jouer avec votre chat. Il sera peut-être utile de commencer par prendre quinze minutes pour connaitre ce qui vous fait du bien et pour écrire vos rêves, vos objectifs de vie, les choses qui vous rendent heureux (se), vos gratitudes. Comment vous imaginez-vous à 60 ans ? Qu'avez-vous envie d'avoir accompli à cet âge ? Comment souhaiteriez-vous être décrit par les autres ?
Ce capitalisme est intégré dans nos cerveaux, mais il est toujours possible de changer sa perception de la vie. Souvenez-vous que vous avez réussi à croire au Père Noël pendant des années avant de comprendre qu'il n'existait pas. Cette propagande intellectuelle est puissante, mais n'est pas immuable.
Enfin, je vous partage une citation de Sénèque qui était déjà très clairvoyant pour son époque : "l'homme doit se libérer d'un excès de travail que le zèle et l'urgence ont poussé à un tel point que l'individu n'a plus le temps de réfléchir sur lui-même et sur le sens de sa vie".

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